Interfaces #2 | Echanger avec les demandeurs d’asile pour déconstruire les préjugés des lycéens

Photo : Projet quotidien - Lycée Avallon - CADA

Le CADA de Rouvray (21) est un établissement médico-social porté par l’association COALLIA qui a pour objet d’accueillir, d’héberger et d’accompagner des personnes effectuant une demande d’asile en France. 
 
Le centre a ouvert ses portes à l’été 2016 et est doté d’une capacité d’accueil de 65 personnes. Situé dans un village de 650 habitants, il a semblé nécessaire à l’équipe de pouvoir s’engager dans une logique d’ouverture vers l’extérieur et de sensibilisation aux questions internationales. En sus des évènements festifs à destination de la commune et de temps d’échanges avec les différents partenaires pour mieux faire connaître le public accueilli, nous avons construit un projet avec le lycée du Parc des Chaumes à Avallon. L’interculturalité, les migrations et la rencontre avec l’autre dans son altérité étaient au cœur de cette nouvelle initiative. 
 
Ce projet a pris la forme d’un Tandem Solidaire, avec le soutien du Conseil Régional et de BFC International. Toute l’année les professeurs du lycée du Parc des Chaumes ont animé, en lien avec les résidents et les équipes du CADA, des temps d’échanges, des débats et des animations visant à mieux comprendre et appréhender la question des migrations et de la demande d’asile. Si l’objectif que nous avions formulé au lancement du tandem était de lutter contre la stigmatisation et le rejet de l’autre, la réalité a été tout autre. 
 
Ces rencontres ont finalement nourri purement et simplement un sentiment de solidarité et de proximité. Echanger sur les habitudes, les goûts musicaux, les stars préférées et les préoccupations quotidiennes de chacun nous a permis à tous et à toutes de nous sentir semblables. Cela a permis de ce fait de déconstruire une image dramatisée « du réfugié ayant traversé les mers » et de pouvoir partager des moments simples et conviviaux, d’égale à égale. 
 
En tant que professionnels focalisés sur la demande d’asile, la formulation du récit traumatique et l’accès aux soins psychologiques, nous ne voyons le plus souvent les personnes qu’à travers ce prisme. Or il s’est avéré primordial pour les personnes accueillies au CADA de pouvoir disposer de lieux d’échanges où leur statut d’exilé est oublié et où l’amusement, l’art, le sport et la gastronomie sont les seuls modes de rencontres. 
 
Bien évidemment le tandem de cette année a permis aux lycéens de mieux accepter la différence, de mieux communiquer avec leurs proches sur la nécessité d’accueil et sur le devoir de solidarité. Mais le plus important finalement c’est que nous avons par ce biais créé des temps hors du temps, des moments où le doute, la peur et le traumatisme ont été remplacés par le dialogue, le dessin, le partage d’un repas et les rires. Des moments où les lycéens, plutôt que de nourrir leur représentation du drame de l’exil et de la crise en méditerranée, ont pu rencontrer des personnes souriantes et accueillantes. Des moments où les professionnels du CADA ont pu porter un autre regard sur le public accueilli. 
 
Normaliser la différence, c’était finalement là tout l’enjeu. 
 
Contact : emmanuelle.bensaci@coallia.org